Optimisme de début de régime
Voilà, c’est pour samedi prochain ! Mon régime va commencer. Je vais enfin perdre tous ces kilos que j’ai bêtement pris l’habitude de garder sur moi. Je vais devenir svelte. Je vais courir plus vite… Enfin, je vais réussir à courir. Et puis, je vais séduire toutes les couguars que je croiserai. Je vais pouvoir monter dans mon ascenseur sans qu’il s’affaisse de 2 cm d’un air narquois. Bref, je vais devenir aussi maigre que tous ces sales joggeurs que j’ai appris à détester, mépriser, insulter, assassiner et autres. Je vais fondre comme un foie gras dans une poêle trop chaude ! De partout. Du bide, des cuisses, du cou. Même des doigts. Une vraie chips.
C’est décidé, je vais perdre 10 kilos ! En un mois, de surcroît. Si, si ! Ca y est, c’est négocié, mon corps est d’accord. Bon, j’avoue que ça n’a pas été facile à faire accepter à mon entourage. 10 kilos, ça fait plus de 12% de Laurent Benichou en moins. 12%, pour moi, c’est l’équivalent d’un bras… Ou d’un auriculaire plus un sexe, enfin bref, c’est beaucoup ! Et puis si les règles de proportionnalité sont respectées, je vais aussi perdre 12% de calme, 12% de générosité, 12% d’intelligence. Je vais devenir une petite boule de nerfs radine et débile, l’angoisse ! Mais bon, je me console en me disant que je pourrai me pavaner à faire le tour du lac au Bois de Boulogne sans transpirer une seule goutte. En continuant à parler à mes potes suants tout en sprintant. Comme tous ces vils quadri-poumonnés qu’on a l’habitude de croiser dans ce haut-lieu du mépris pour les gros.
Mon pari, je me suis promis de le réaliser sans contrevenir aux 10 commandements éthiques communément admis dans cet exercice :
- Je fais le serment de ne m’amputer aucun membre pour réaliser mon pari
- Je ne jouerai pas avec la tare de ma balance pour perdre des kilos imaginaires
- Je ne mangerai pas de rat ni ne ferai la bise à un tuberculeux dans l’espoir d’obtenir une maladie aussi dangereuse qu’amaigrissante
- J’effectuerai mes pesées dans les mêmes conditions au début et à la fin de mon régime. En particulier, au début de mon régime, je ne monterai pas sur la balance en tenue de ski, après un repas pantagruélique et 4 jours de constipation. A l’inverse, en fin de régime, je proscrirai les lavements et vomissements pré-pesée et l’appui hypocrite de la main sur le mur de ma salle de bains. Je me réserve néanmoins le droit de me raser avant la dernière pesée.
- Je n’entreprendrai aucune liposuccion ou pose d’anneau gastrique de tricheur pendant toute la durée de mon régime
- Je suis fier d’être Français et je ne ferai donc que des concessions minimes en matière de perte de goût de mes aliments. Je proscrirai donc le yaourt 0%, l’apport d’albumine en poudre ou les bâtonnets de surimi
- Si je vais au restaurant avec mes amis, je demanderai ma garniture « haricots verts » discrètement, et non en fanfaronnant pour culpabiliser mes amis
- Je n’ingèrerai pas de coupe-faim type Mediator même si je suis un grand mélomane
- Je ne mutualiserai pas ma pesée de fin de régime avec une personne ayant perdu plus que prévu pour tromper la vigilance du régulateur
- Je ne me droguerai pas si la drogue envisagée est reconnue pour ses propriétés amaigrissantes. Si tel n’est pas le cas, la prise de drogue est autorisée.
Ah, j’adore ce moment d’avant le régime. Cette espèce de bouffée délirante qui fait qu’on croit dur comme fer que « cette fois, je vais y arriver », quelles que soient les règles. Cette fois, c’est pas pareil. Cette fois, c’est la bonne et rien ne sera plus jamais comme avant. Un peu comme avant les présidentielles. On sait qu’on n’a que 2% de chances que le programme soit mis en place et qu’il apporte ce qu’on en attend. Mais nos yeux en forme de zéro transforment ces 2% en 200%. C’est une certitude, ces 10 kilos, ils partiront !
Et le syndrome 1914… Si cette guerre contre nos kilos, gagnée avant même d’être disputée, prenait plus de temps que prévu. Si elle durait 4 ans. La guerre de tranchées, épuisante, entre ma conscience et mon envie de rillettes. Filet de bœuf sauce gaz moutarde et 1460 jours pour perdre 10 kilos. 7 grammes par jour…
Non, ce cauchemar n’aura pas lieu. J’y arriverai. Saints légumes verts, aidez votre protégé. Je sais, j’ai fauté, je vous ai trompé avec des féculents, des crèmes et des fritures mais je suis là, à vos pieds, tout à vous. N’hésitez plus : courgettez-moi !


